Migration et Ancien Testament : un lien originel
La Maison Bakhita, en tant qu’association répondant à l’appel de février 2017 du pape François, a pour mission d’œuvrer pour l’accueil et l’intégration des personnes migrantes. Sa source se situe dans la parole de Dieu. Dans cette perspective, nous vous proposons une série d’articles parcourant les liens entre la foi catholique et les migrations. Comme les Écritures nous le rappellent, l’histoire de l’humanité est histoire de migrations. Pour ce premier article, découvrons ensemble ce que nous dit l’Ancien Testament…
La foi comme exil
Dans l’Ancien Testament, c’est par la marche que le peuple élu forge son identité. Le départ d’Abraham, l’exode dans le désert et l’exil à Babylone sont des événements fondateurs de l’histoire des hommes avec Dieu.
Abraham vivait dans une ville appelée Harrân quand il a reçu une parole qui a fondé sa vocation : « Pars de ton pays, de ta famille et de la maison de ton père vers le pays que je te ferai voir. Je ferai de toi une grande nation et je te bénirai » (Genèse 12.1-2). Par cette parole, Dieu dit à Abraham que c’est sur la route que se trouve sa vérité. C’est en marchant qu’il se trouvera lui-même, qu’il découvrira sa vraie personnalité, le sens de sa vie. Le départ d’Abraham n’est pas le sacrifice d’un homme qui renonce à son confort et à sa tranquillité pour plaire à un Dieu qui aime qu’on lui obéisse. Il marche vers lui, et pour lui. La parole que Dieu donne à Abraham ne dit pas : « Va vers le pays que je te montre », mais : « Va vers le pays que je te ferai voir. » Le but de sa marche s’écrit au futur, c’est en marchant qu’il le découvrira. Dans le Nouveau Testament, lorsque l’épître aux Hébreux relit l’histoire d’Abraham, elle insiste sur le nomadisme : « Par la foi, il (Abraham) vint résider en étranger dans la terre promise, habitant sous la tente avec Isaac et Jacob, les cohéritiers de la même promesse » (Hébreux 11.9). Tous les hommes de foi de ce chapitre ont en commun de « s’être reconnus pour étrangers et voyageurs sur la terre » (Hébreux 11.13). Selon ce passage, la foi, c’est se considérer comme un voyageur. Toujours en marche, jamais arrivé.
Si le départ d’Abraham correspond au commencement de la foi, l’exode est l’acte de naissance d’Israël en tant que peuple. Moïse avait connu un premier exil lorsqu’il a quitté le pays de sa naissance pour avoir pris la défense d’un Hébreu maltraité. Lui qui était prince d’Égypte est devenu berger en terre étrangère, et c’est comme berger qu’il a reçu la vocation d’être libérateur.
À la suite de la chute du royaume d’Israël et de Juda, le peuple hébreu se retrouve de nouveau en exil. Sans temple, un nouveau moyen de rendre un culte à Dieu a dû être trouvé, et celui-là consistait en l’étude des Écritures, en la relecture de l’histoire de leur peuple, de sorte d’être en lien avec la parole de Dieu. Si l’activité principale du Temple était le sacrifice comme mode de relation à Dieu, en exil c’est l’étude du Livre qui a rempli cet office. À ce moment-là, Dieu marchait avec eux. La rédaction et la compilation des sources qui ont formé l’ébauche du Premier Testament datent de cette époque.
Des étrangers sur la Terre de Dieu
Tous ces passages témoignent du fait que c’est souvent dans leur exil, en migration, que les hommes ont entendu une parole de Dieu. L’histoire d’Israël est parcourue d’exils, il en va de même pour l’histoire de l’homme.
Par ailleurs, remarquons que Dieu nous a conçus comme étrangers. Ainsi dans la loi du jubilé, Dieu dit : « Une terre ne devra jamais être vendue à titre définitif, car le pays m'appartient et vous êtes chez moi des étrangers et des immigrés. » La conquête de la terre promise par les Hébreux, ne faisait donc pas d'eux des propriétaires mais seulement des gestionnaires, et donc étrangers.
Être émigré, c'est souvent être en position de faiblesse, objet de l'injustice des hommes (Psaumes 94.6, Ezéchiel 22.7, 29 ; Zacharie 7.10). Nous avons des devoirs à leur égard, comme vis-à-vis des pauvres, des veuves et des orphelins. C'est pourquoi la Torah les protège. Dieu a toujours soin de ceux sur qui pèsent particulièrement les conséquences du péché. Et c'est dans un souci pédagogique et moral que Dieu rappelle constamment aux Israélites qu'ils peuvent pleinement adhérer à ces lois car ils ont été eux-mêmes immigrés. Ils peuvent donc « éprouver ce qu'éprouvent les étrangers » (Exode 23.9).
Les prophètes ont rappelé ces lois au peuple en dénonçant l'oppression dont les résidents étaient l'objet (Ezéchiel 22.7, 29 ; Zacharie 7.10), annonçant même la venue du Seigneur en personne pour punir ceux qui violent le droit de l'émigré (Malachie 3.5). Mais Dieu va au-delà dans sa demande : « Cet émigré installé chez vous, vous le traiterez comme un indigène, comme l'un de vous, tu l'aimeras comme toi-même » (Lévitique 19.34, Ezéchiel 47.22). C'est d’ailleurs ce que Paul enseigne à l'Eglise en disant « qu'il n'y a plus ni juif, ni grec, ni homme, ni femme » (Galates 3.28) et nous avons à vivre en tenant compte de cela dans nos vies sociales.
L'Ancien Testament préfigure donc déjà ce qu'un autre immigré dès l'enfance, Jésus, enseignera et vivra en traitant samaritain, syro-phénicien et romain, hommes et femmes comme ses prochains. C’est ce sur quoi nous discuterons la semaine prochaine, pour le second article de la série portant sur le Nouveau Testament.
Pour aller plus loin
"La Bible et les migrations", Église et Migrations
"Les migrants dans la Bible", Revue Lumen Vitae, vol. LXXIV, p135-144
"Immigration : quels fondements pour une parole des chrétiens ?", Doctrine Sociale Catholique, 25 janvier 2013.